Encourager plutôt que complimenter

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Emilie Lucas et Laurianne Jourde sont toutes les deux formées au coaching de vie et à diverses techniques thérapeutiques. Ces deux mamans parfaitement imparfaites ont créé l’association Gran’Dire ensemble qui propose des ateliers de soutien à la parentalité, du coaching individuel et des formations dans les écoles maternelles et primaires où les outils du coaching sont utilisés pour mettre en pratique les concepts d’éducation positive et surtout pour bousculer nos automatismes et nos croyances. 

(Illustrations Emilie Lucas)

Encourager plutôt que complimenter. Pourquoi?

De nombreux spécialistes de l’éducation positive, tels qu’Isabelle Fillozat, Jane Nelsen, Céline Alvarez ou encore Faber & Mazlish attirent notre attention sur la différence  entre le compliment et l’encouragement. Nous allons voir en quoi consiste la nuance et quels sont les bienfaits de l’encouragement de nos enfants. Le but ici, n’étant pas de détrôner les complimenteurs que nous sommes en tant que parent bienveillant mais bien de porter notre réflexion un peu plus loin, et nous permettre avec la compréhension de cette différence de taille , de devenir encore un peu plus conscients.

Des limites du compliment … aux bienfaits de l’encouragement.

« Oh c’est beau, tu es vraiment l’artiste de la famille ! », « C’est bien tu es une gentille grande sœur », « Ah je savais que tu allais y arriver tout seul ! » ou encore « Toi, tu es vraiment un joueur de foot professionnel ! » sont autant de compliments qui ne sont pas négatifs en soi, des marques d’amour mais qui, de manière répétée, pourrait donner à l’enfant l’idée qu’il est meilleur que les autres,  qu’il se doit d’être professionnel de foot plus tard, qu’une grande sœur doit à tout prix être gentille,… Bref, le compliment peut enfermer l’enfant dans un rôle, défini par celui qui le donne. Puisque l’enfant veut plaire à son parent, ne rejouera-t-il pas ce rôle jusqu’à en oublier que ce n’est peut-être pas lui ?

Aussi, le compliment implique, ce que l’on appelle en coaching, un référentiel externe : l’enfant qui reçoit un compliment peut vouloir faire plaisir à autrui et de ce fait, cesser ses efforts lorsque des signes d’approbation sont donnés. Un enfant qu’on encourage nourrit une motivation interne, son estime de soi, il s’attachera alors plus volontiers au processus qu’au résultat et aura envie de progresser. Le souhait des parents n’est-il pas de renforcer cette estime de soi pour que leurs enfants se sentent bien dans leurs pompes ? Et puis, quelle pression ! On observe certains enfants qui se demandent s’ils seront toujours aimés s’ils en viennent à ne  pas être à la hauteur du compliment.

Se pose aussi la question de la crédibilité : imaginez que vous dites à votre fils « Toi, t’es toujours un adorable bonhomme ! » mais qu’il vient de frapper Arthur à la récré… Il en déduira que vous ne le connaissez peut-être pas si bien.

Par ailleurs, le compliment amène aussi la notion d’ascendance – de celui qui fait le compliment sur celui qui le reçoit – là encore, nous ne pensons pas que ce soit l’intention des adultes envers les plus jeunes.  Voici un exemple éclairant : plutôt que de dire à notre petit « Je suis fière de toi ! » (référence externe et ascendance), on préférera dire « Tu peux être fier de toi » ce qui amène l’enfant à se référer à lui-même et supprime tout simplement l’ascendance qu’il pourrait ressentir de notre part. Son regard va changer ; il n’a alors plus besoin de notre jugement pour se construire, il peut, petit à petit, se référer à lui-même. Il va réfléchir, faire fonctionner son cerveau préfrontal ( la partie à l’avant du cerveau qui permet de rationnaliser, relativiser prendre du recul ) Cette partie n’est pas encore mature  (et ne le sera qu’à l’âge de 25 ans !)

De plus, le compliment pourrait générer des comportements tels que le mensonge, la dissimulation, le rejet de la faute sur les autres afin de ne pas décevoir les attentes que l’enfant perçoit chez l’adulte.

Donc le compliment… pourquoi pas de façon modérée mais l’encouragement, lui,  sera à coup sûr porteur d’une spirale vertueuse. Nous allons voir en quoi les enfants encouragés apprennent à penser, construisent leur estime de soi au fur et à mesure de leurs expériences et se comparent moins aux autres. De plus, on évite par-là que l’ego devienne trop encombrant avec le temps.

Lorsque je dis, en jetant un regard furtif sur le dessin de mon fils « Waouh c’est beau, tu es vraiment l’artiste de la famille ! » la part narcissique de lui sera nourrie et il éprouvera de la satisfaction, son « image de lui »  sera flattée. Pour faire grandir son estime de lui, sa confiance,  lançons nous dans une description du genre : « Je vois que tu as dessiné des fleurs de toutes les couleurs. Ce dessin me met de bonne humeur. Tu es content de ce que tu as fait ? Tu peux être fier de toi ! Ça a dû te demander de la patience pour réaliser toutes ces fleurs ». Certes, cela demande plus de temps qu’un simple « Waouh, c’est top »…. mais , quand c’est faisable, pour quelle bonne raison s’en priver ?

Ne nous méprenons pas, nous faisons bien de complimenter, valoriser nos enfants évidemment mais les dernières recherches en neurosciences et en sciences de l’éducation nous permettent de mettre de nouvelles lunettes pour que nous puissions  atteindre notre but : celui de construire, consolider avec lui, son estime de lui-même.

On en revient à la notion de référence interne/externe. N’est-ce pas un beau cadeau fait à l’enfant que de lui offrir la possibilité de se fier à son ressenti plutôt que d’avoir besoin de l’approbation des autres pour se construire, pour évaluer ce qui lui semble juste ?

L’encouragement a une multitude de bienfaits : la valorisation de ses efforts  (« Je vois à quel point ça t’a demandé du travail » ). Une reconnaissance de la responsabilité (« Je vois que tu regardes à gauche et à droite avant de traverser, tu vas bientôt pouvoir aller chez Lena toute seule »). Une attention personnalisée ( « Quand je vois ta création, ça me fait penser à… »). De la gratitude (« Merci pour ton aide, ça me touche que tu ais fait ce dessin pour moi »). La valorisation de son processus d’apprentissage ( » Tu peux m’expliquer/me montrer comment faire ?  » ) et surtout la construction d’un référentiel interne, essentiel pour son autonomie  ( » Qu’est ce que ça te fait d’avoir présenté ton travail devant toute la classe?  » ) 

Concrètement, comment faire ? 

  • Ce qui nous paraît le plus important est de décrire le comportement de l’enfant pour le valoriser et de ce fait éviter de toucher à son identité. On peut rarement se tromper en utilisant la description! L’enfant peut s’approprier le compliment si l’adulte le met en contexte : « Bravo, dans ce travail, tu as fait preuve de beaucoup de créativité» et illustre ses propos. L’enfant tirera ses propres conclusions. Par exemple, « J’ai vu que tu avais aidé ton frère à ranger tous ses jouets, merci de l’avoir aidé » plutôt que « Tu es gentille ». L’enfant ne va pas se construire à partir de ce que vous validez mais bien à partir de ce que lui-même ressent comme beau, juste et bon,… Décrire supprime les jugements de valeur et va l’aider à croire en ses habiletés et ses réussites.
  • Valider le ressenti de l’enfant  » Comment c’était pour toi de passer la balle à Thomas avec autant de monde autour de toi ? » ce qui revient à valider sa réussite avec ses sens à lui, il pourra alors intégrer le compliment comme vrai pour lui.
  • Partager notre joie lui permet alors de se sentir important et intéressant pour nous.
  • Relever les comportements que nous trouvons négatifs mais en veillant toujours à décrire le comportement qui pose problème « Si tu es fâché, dis le avec des mots et pas avec des coups, tu en es capable » et ne pas viser l’intégrité de l’enfant « tu es méchant ».
  • Dire en quoi nous sommes touchés par le comportement.
  • Remercier plutôt que dire « C’est bien » (jugement de valeur).
  • Valoriser les efforts que ça lui a demandé plutôt que le résultat.
  • Reconnaître la déception quand le résultat n’est pas concluant par rapport à l’effort fourni.
  • Les encourager à être fiers d’eux-mêmes « Tu es fier de toi ? »

Mais surtout soyons sincères tant dans les compliments que les encouragements . Le contenu ici vise à nourrir une réflexion et  un changement de comportement très progressif sachant que l’humain a une tendance à reproduire de manière inconsciente des automatismes issus, entre autre, de sa propre éducation et de son système de croyances. Être un parent conscient est une belle évolution mais soyons indulgent  avec nous-mêmes, le changement prend du temps et souvent la culpabilité de ne pas répondre à nos propres exigences parentales est inutile, voire le principal frein vers le changement. Montrer à nos enfants que nous sommes humains, authentiques et que nous ne sommes pas des bouquins de théorie reste essentiel.

Laurianne Jourde et Emilie Lucas

COACHING & EDUCATION POSITIVE

Coaching individuel – Atelier collectif autour de la parentalité positive – Développement personnel



Catégories :Actualité Ecole Elan Vital

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1 réponse

  1. bonjour, un livre, un cd ? cordialement

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