Entreprendre pour se réaliser, qu’est-ce qui freine les femmes ?

Mathilde Troussard
©   Photos Mathilde Troussard

Notre contribution au numéro de mai de Psychologies Magazine, dans la rubrique Bien-Etre au travail. Par Danielle De Wilde, directrice BAO Elan Vital (www.baogroup.be). Présente à la journée «Ateliers au Féminin» Psychologies Magazine, le 13 mai.

Le monde du travail n’échappe pas aux changements de paradigmes qui s’opèrent actuellement. Nous n’avons plus qu’une seule vie, inséparable de tous les contextes dans lesquels nous évoluons. Nous faisons de moins en moins de compromis et notre job devient l’expression de notre être profond en alignement avec les valeurs et la mission de vie que nous nous assignons. Certains appellent cette tendance l’approche «yin», représentant une énergie plutôt féminine. Néanmoins, seul un tiers des créateurs d’entreprises en Belgique sont des femmes alors que les entreprises qu’elles mènent ont autant de succès que celles menées par leurs collègues masculins. Quels sont les freins qui les entravent et comment les dépasser ?

Faites-vous partie de celles et ceux qui aspirent à partager leur passion et talents de manière durable, à échelle humaine en privilégiant le lien à soi, aux autres, à la terre, dans la liberté et la responsabilité ? En tenant compte des vrais besoins et de l’impact sociétal ? Cette tendance à vouloir vivre et travailler au rythme de nos passions, dans la créativité, le lien et la liberté, se retrouve tant chez les hommes que chez les femmes. Elle  impliquera parfois la nécessité de créer son job soi-même au lieu d’attendre qu’il nous tombe dessus. Savez-vous d’ailleurs que seulement un tiers des créateurs d’entreprises en Belgique sont des femmes ? Les études montrent pourtant que les femmes sont tentées par l’aventure presque autant que les hommes, et que les entreprises menées par des femmes ont autant de succès que celles menées par leurs collègues masculins. Vais-je pouvoir vivre de mes passions et de mes talents ? Vais-je réussir à surmonter mes angoisses et faire fi des bons conseils sécuritaires de mon entourage ? Ai-je l’audace d’enfin me réaliser complètement professionnellement ? Est-que j’ose monter sur scène ? Et si oui, comment ?
Des dizaines de questions assaillent celui ou celle, homme ou femme, qui songe à se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat. Mais il semble qu’une majorité de femmes se mette malheureusement encore des freins supplémentaires.

Les mythes fondateurs
Les contes dont nous avons été nourries deviennent souvent nos histoires personnelles et façonnent notre manière de penser. La princesse inerte qui attend le baiser du prince pour se réveiller, Blanche Neige qui subit les affres de sa méchante belle-mère, la demoiselle en détresse dépendante du chevalier,… Ces archétypes encore vivants dans les films font qu’inconsciemment cette image de la femme a été internalisée. Bien sûr, il y a les Charlie’s Angels, les guerrières dans Kill Bill, les super héroïnes qui ne laissent rien au hasard, mais pour les ‘vraies femmes’, dans la vraie vie, celles qui doivent assurer au quotidien et forger leur place dans la sociėté, il est temps qu’elles se réinventent des mythes fondateurs qui boostent leur esprit d’entreprise. Il est bon de réécrire les contes et de les actualiser car ces archétypes conditionnent encore le fonctionnement des femmes et des hommes dans le monde professionnel.

Faire appel à l’équipe
Les femmes, pourtant championnes en terme de réseautage et de relations, ont le réflexe de se lancer seules, en auto-entrepreneuses. Elles tentent de s’en sortir seules et ne font pas facilement appel aux aides qui pourraient les soutenir. Heureusement, la valeur ajoutée des entreprises au féminin est reconnue par les instances adéquates et les initiatives se multiplient, à l’heure où les bienfaits du mentoring et des cercles de parole sont formellement reconnus.
Le nom commun mentor a pour origine le nom du héros de l’Odyssée, Mentor, ami d’Ulysse, archétype masculin. Mais savez-vous que c’est en fait  la déesse Athéna qui emprunta les traits du vieil enseignant pour accompagner et instruire le jeune Télémaque ?
Un conseil clé, donc : ne restez surtout pas isolée!  Approchez-vous de structures d’accueil et d’accompagnement.

Démystifier les freins psychologiques
Anne-Francoise Gailly, maman de deux filles, entrepreneure, activiste du bonheur contagieux, coach-thérapeute, a quitté son statut de salariée il y a plusieurs années et accompagne des individus en phase de création de projets. Elle nous éclaire sur pourquoi un grand nombre de femmes ne débutent même pas leur projet ou avancent  à reculons en s’inventant mille et une raisons pour procrastiner.
« La majorité des trajets et autres dispositifs d’accompagnement ne prennent pas en compte les aspects psychologiques et se concentrent sur des questions purement méthodologiques et techniques, comme les chiffres, l’administration, l’étude du marché, le business plan, le financement, le plan comptable, etc… Les financeurs potentiels, souvent à critères ‘yang’, jugeront facilement des entrepreneures en herbe en prônant qu’elles manquent d’ambition. Ce qui est une perception subjective : pour preuve, le succès des initiatives au féminin dans les pays en voie de développement grâce aux micro-financements et les initiatives crowdfunding qui jaillissent de partout. Il  est vrai que les femmes ont  tendance à choisir de développer des projets qui sont plutôt de format modeste, en solo-entrepreneuse, dans les secteurs des métiers de service (consultance, ressources humaines, formation), d’aide aux personnes (infirmière à domicile, coach) ou de création (artisanat). Les critères de réussite valorisés pour se voir accorder un financement sont eux encore majoritairement ‘masculins’ : nombre d’employés, croissance du chiffre d’affaires, projets à l’exportation dans des secteurs comme les nouvelles technologies ou la production de produits.
Celles qui ont culturellement intériorisé l’idée que les qualités entrepreneuriales sont des attributs essentiellement masculins vont alors, à moins d’être particulièrement motivées et soutenues, en particulier par leur conjoint éventuel et leur environnement direct, étouffer leur projet dans l’œuf. Et c’est là qu’intervient l’effet nocebo des freins psychologiques.

Et dépasser les croyances limitantes
Quant aux facteurs bloquants que rencontrent spécifiquement les femmes, Anne-Françoise Gailly en décèle plusieurs. « À côté des obstacles comme la peur de l’inconnu, la peur de l’échec et la peur du risque, il y a des aspects typiques à l’entreprenariat au féminin qui s’ajoutent à la liste des facteurs bloquants.

  • manque d’estime de soi : les femmes ont encore de nos jours un problème d’identité, elles ont tendance à douter de leur légitimité, de leur place dans la société  et de leur valeur (voir l’exercice proposé en encadré !).
  • manque de confiance en soi : elles sous-estiment cruellement leurs compétences, capacités et talents beaucoup plus que les hommes qui auraient tendance à se surévaluer et à aimer l’excitation de la prise de risque.
  • perfectionnisme : en combinaison avec le manque d’estime de soi, les exigences énormes que les femmes s’imposent d’elles-mêmes par rapport à leurs rôles divers font exploser la moindre amorce de lancement ou de déploiement de leur projet.
  • la peur de la réussite : une peur encore plus pernicieuse que la peur de l’échec. Qu’est-ce que les gens vont penser de moi si je réussis ?  Est-ce que je mérite de réussir ou dois-je en baver ? Et mon compagnon, que se passera-t-il si je brille plus que lui ? Ces croyances limitantes, histoires que l’on se répète même inconsciemment perdurent encore même chez les jeunes femmes. »

Prendre sa vie en main
Quand on parle d’esprit d’entreprise, il ne s’agit pas toujours de fonder une société ou un commerce, entreprendre au féminin peut aussi se faire au sein d’une organisation, par rapport à un projet de vie ou une cause. Exprimer son potentiel créatif, prendre son destin en main, suivre sa voie personnelle et non celle tracée par les attentes des autres, sortir des sentiers battus… telle est la mission de la femme entrepreneuse.  « Parce qu’il ne pouvait être partout, Dieu créa les femmes », est-il écrit dans le Talmud…

Témoignages

Fatima Tanguieva, 49 ans, responsable d’un service de production et  rencontrée lors d’un team coaching en rédidentiel  d’une équipe de manager d’une société dans la distribution.  Son élan, son punch et sa détermination nous ont incités à lui demander de témoigner sur le thème de l’esprit d’entreprise au féminin.

« Il faut avancer et ne pas douter de sa réussite »

Quel est le projet professionnel que vous avez mené à bien ?  Bioingénieur de formation, j’ai dû quitter mon pays (la Tchéchénie) en raison de la situation politique, laissant là mon mari, ma mère et ma sœur. Je suis venue en Belgique avec mes trois enfants pour commencer une nouvelle vie. Mon projet professionnel a été de (re)trouver une place, de (re)construire une carrière.

À quelles qualités d’entrepreneuse avez-vous dû faire appel pour y arriver ?
Ne pas céder à la peur et avancer. Je me dis que les seuls freins qui ne dépendent pas de nous sont la mort ou une maladie grave. Tout le reste est possible à résoudre. Demain est toujours mieux qu’aujourd’hui.

Qui a cru en vous en premier lieu ?
Mes enfants ont cru en moi, et moi-même aussi.

Quels obstacles majeurs avez-vous dû surmonter ?
 J’avais presque 40 ans quand je suis arrivée en Belgique et recommencer une nouvelle vie à cet âge n’était pas évident :  le nouveau pays, je ne connaissais personne, je ne parlais ni français ni néerlandais, j’ai dû m’adapter à une autre mentalité.

Si vous aviez un conseil à donner à une femme qui désire entreprendre, ce serait lequel ? Avancer et ne pas douter de sa réussite.

Magali Dufrasne, 46 ans, créatrice de Zen & Fun attitude (www.zenandfunattitude.com) 

« La première qualité pour mettre en place d’un projet est la persévérance »

Quel est le projet que vous avez mené à bien ?
La mise en place de Zen & Fun attitude, espace ayant pour objectif le bien-être de la personne dans son unité, psychique et corporelle, à travers l’utilisation d’outils essentiellement dérivés du yoga. Des outils présentés sur un mode à la fois ludique, pour stimuler l’envie de
persévérer, et zen, pour favoriser la présence à soi.

 À quelles qualités d’entrepreneuse avez-vous dû faire appel pour y arriver ?
La première qualité pour mettre en place un projet, quelle que soit son envergure, est selon moi la persévérance. Elle permet de continuer soi-même à aller de l’avant malgré les nombreux obstacles et les moments de découragement, mais aussi de mobiliser et motiver les gens autour de soi, que ce soient vos partenaires de projet, vos proches ou vos clients potentiels. En second, vient le sens de l’organisation.

 Qui a cru en vous en premier lieu ?
Mon mari, sans son soutien je n’aurais jamais entrepris un tel projet. Et aussi mes partenaires dans cette aventure, ainsi que quelques amis et connaissances, qui ont cru en ma capacité à mener à bien ce projet qui me tenait à cœur et qui s’y sont investis, chacun à leur manière.

 Quels obstacles majeurs avez-vous dû surmonter ?
Apprendre à ne pas porter toute la responsabilité des moments durs et des petits échecs, à lâcher prise : beaucoup d’éléments dont dépend votre réussite sont extérieurs à vos compétences. Ensuite, m’investir tout aussi entièrement dans le travail administratif, souvent fastidieux mais nécessaire pour offrir un service de qualité,
que dans le travail créatif.

Si vous aviez un conseil à donner à une femme qui désire  entreprendre, ce serait lequel ?À une personne qui désire entreprendre : croire en son rêve, tout simplement, et s’entourer de personnes qui y croient tout autant qu’elle. À une femme en particulier : ne pas se laisser enfermer dans les stéréotypes sexistes et se concentrer sur les avantages liés à sa spécificité féminine pour mener à bien son projet. Dans le cas de Zen & Fun, utiliser ma sensibilité émotionnelle féminine est un atout majeur pour offrir à la clientèle ce qu’elle attend en termes de bien-être.

La matrice de l’identité

Un outil pour explorer nos croyances : la matrice de l’identité, inspirée de Robert Dilts, que nous enseignons dans notre école de coaching lors du trajet Discoverer.
Si vous souhaitez entamer un projet, partez des réponses aux questions : Que voulez-vous être?
Que ne voulez-vous pas être ?, croisées avec les 3 questions : Qu’êtes-vous et que serez-vous toujours ?
Que pouvez-vous être ? Que n’êtes-vous pas et que ne serez-vous jamais?
Remplissez le tableau suivant par des images, des métaphores.
Chaque réponse constitue une croyance
(que vous pensez être vraie et qui ne  reflète donc pas nécessairement la réalité !).
En quoi certaines de ces croyances peuvent-elles freiner ou booster votre esprit d’entreprise ?

Je ne suis pas et

Je ne serai jamais

Je peux être ou

Je pourrais être

Je suis et

Je serai toujours

Je veux être 3 2 1
Je ne veux pas être 4 5 6

En lire plus > www.psychologies.be

Un aperçu de nos ateliers dont celui avec Anne-Françoise Gailly pour déployer son activité de coach/thérapeute, les constellations, la Marche sur le Feu, l’EFT, la Mindfulness, le Plein Pouvoir au féminin, la Toltéquiétude… :   http://baogroup-be.com/ateliers-libres/

et notre soirée info le 7 juin :

Soiree-info-07-juin



Catégories :Actualité Ecole Elan Vital

Tags:, , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :